Notre idée de départ était de montrer une dame âgée en fin de vie. Nous avons alors immédiatement pensé à la chanson super 8 de Jeanne Cheral, dont le refrain explique grossièrement qu' « il paraît qu'on voit toute sa vie défiler quand on est sur le point d'y passer » et que « tout nous revient comme un petit film en accéléré ». Ainsi, la base de notre court métrage était trouvé. Le problème qui nous restait à résoudre était de savoir comment parvenir à représenter, avec le plus de réalisme possible, une vielle dame sur le point de mourir et qui se remémore ses souvenirs ?
En regardant les œuvres de Pierre Huyghe et Sugar Water de Michel Gondry, l'idée nous vînt de réaliser notre film en utilisant deux projections différentes : une projection située devant le spectateur montrant la femme âgée, chez elle dans une journée ordinaire, et une projection située derrière le spectateur qui montrerait les souvenirs de la femme, lorsqu'elle était encore enfant (le spectateur serait ainsi obligé de se retourner pour regarder le passé).
Ensuite, le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel nous fit penser que, pour représenter des souvenirs avec le plus de réalisme possible, il valait mieux utiliser un point de vue subjectif.
Pour finir, l'envie d'orienter notre court métrage dans une démarche beaucoup plus « engagée », nous fit adapter notre scénario afin de représenter quelqu'un atteint de la maladie d'Alzheimer. En effet, les personnes atteintes ont certes une mémoire courte très défaillante mais leur mémoire lointaine reste en parfait état.
Notre court métrage solliciterait donc le spectateur de tous côtés : physiquement car il serait obligé de se tourner pour regarder les deux projections, intellectuellement car il devrait tenter d'établir un lien entre ces deux projections et car il serait amené à réfléchir à la maladie d'Alzheimer. Enfin, les sentiments du spectateur seraient eux aussi sollicités car l'utilisation d'un point de vue subjectif permet qu'il se sente beaucoup plus concerné par notre projection.
Cette fiction narrative met donc en scène une grand mère atteinte de la maladie d'Alzheimer, vers la fin de sa vie, qui passe une journée ordinaire dans sa maison. En parallèle, quelques moments de sa vie de petite fille. Cependant, on apprend explicitement qu'à la fin du court métrage le rapport entre la vieille dame et la fillette. Ainsi, pendant tout le court métrage, le spectateur essaye de trouver quel est le rapport entre ces deux écrans.
Les souvenirs ne sont pas filmés d'une manière aussi mimétique que la journée de la grand mère. En effet, un souvenir étant toujours flou et court, nous avons décidé de présenter plusieurs souvenirs (point de vue subjectif) entrecoupés d'une vue de la fillette en train de pédaler sur son vélo, faisant son « petit bonhomme de chemin ».
En ce qui concerne la réalisation limitée par les moyens techniques, notre envie d'effectuer une double projection n'est pas réalisable. Cependant, pour essayer de ne pas trop déformer notre intention, notre court métrage est transformé en Split screan.
Les couleurs de l'écran présentant la fillette seront beaucoup plus vives et lumineuses afin de montrer la beauté et l'éloignement des souvenirs.
La vieille dame, suivie par la caméra, sera filmée avec beaucoup de plans séquences. Les couleurs de son écran seront beaucoup plus ternes, tristes, et maussades.
Pour les choix artistiques et esthétiques nous avons décidées que l'espace et le cadre de la grand mère soient toujours assez limités. Ce procédé nous permet de traduire le fait que cette femme elle même est maintenant limitée : les défaillances de sa mémoire et l'usure de son corps ne lui permettent plus la même agilité qu'autrefois. De plus, le rythme de filmage est assez lent afin de montrer la monotonie de sa vie.
En revanche, la petite fille est toujours filmée en extérieur ou dans des espaces ouverts afin de montrer en opposition à la grande mère, l'avenir qui lui reste devant elle, la liberté d'esprit et physique dont elle est encore propriétaire. De surcroît, pour montrer sa gaieté et sa joie de vivre, elle est filmée à un rythme assez rapide, sonnant presque comme une chanson. En effet, la répétition du passage du vélo nous donne l'impression d'un refrain.
Le jeu des acteurs sera assez simple, il n'y aura presque aucune parole, seulement un bruit de fond, laissant apparaître quelques rires. Les seuls personnages principaux seront la grand mère et l'enfant, les autres ne seront que des figurants.
Une musique de fond assez gaie permettra de combler l'absence de paroles et de rendre plus joyeuse l'histoire pour le spectateur. Il est vrai que, même si le thème de départ est assez mélancolique : la vieillesse d'une personne atteinte de la maladie, notre but n'est pas du tout de rendre le court métrage mélancolique. Bien au contraire, nous tentons de montrer que même si cette fin est en fin de vie il n'y a absolument rien de triste à cela car, grâce à l'écran flash back, on s'aperçoit qu'elle a pu avoir une vie heureuse.